La PME valaisanne Edelweiss Market, qui gère plus de 60 commerces de proximité, a transformé sa gestion administrative grâce à l’ERP Isiapps, développé par l’entreprise contheysanne ISICS. Résultat : 40’000 écritures comptables automatisées par an, quatre jours de travail libérés par semaine et trois postes économisés. Un témoignage concret présenté lors de la 20e Swiss Digital Conférence à Sierre, qui démontre qu’une digitalisation réussie passe par de petites victoires successives plutôt que par un grand projet insurmontable.
« Quand on parle de digitalisation pour beaucoup de PME, on imagine tout de suite un projet sans fin, complexe, à des coûts astronomiques. Mais en réalité, on peut prendre un peu de recul et aborder ça de manière beaucoup plus simple », explique Ludovic Martone, responsable du département software chez ISICS. L’approche adoptée avec Edelweiss Market illustre cette philosophie. « On peut d’abord sélectionner un élément marquant, un qui va nous faire gagner du temps. On y apporte une solution rapide, basée sur notre ERP Isiapps. Une fois cette mise en place rapide, on analyse et mesure de manière pragmatique les résultats obtenus, que ce soit en efficience ou en bien-être collaborateur ».
Une solution 100% valaisanne
ISICS, fondée en 1991 et basée à Conthey, fête cette année ses 35 ans d’activité. « Notre solution ERP Isiapps est 100% développée, conçue, architecturée, maintenue et supportée en Valais », précise Gautier Moulin, directeur de l’entreprise. « Cela veut dire que nos clients ont accès direct avec une proximité forte à nos équipes de développement, également en termes de support ».
Cette proximité s’est révélée déterminante pour Edelweiss Market. « On est à Saxon, ils sont à Conthey. On se connaît, on s’appelle. Ce n’est pas comme si on devait développer quelque chose à New York où ils vont facturer des centaines de milliers de francs », témoigne Florent Claret, membre de la direction d’Edelweiss Market.
Première étape : automatiser les chiffres d’affaires
Le premier défi digital d’Edelweiss Market concernait la remontée des chiffres d’affaires. « Les chiffres d’affaires sont faits en magasin avec des tickets. Au bureau, il faut compiler ces données. Les comptables doivent les retranscrire en comptabilité. Avec plus de 60 commerces, cela fait un temps assez monstrueux », explique Florent Claret.
La solution mise en place permet désormais de remonter automatiquement l’intégralité des chiffres d’affaires détaillés de toutes les transactions des magasins via des API. « Les API, c’est juste un point d’entrée sécurisé pour échanger de l’information entre deux produits qui peuvent être totalement différents », précise Ludovic Martone. Résultat : 25’000 écritures automatisées et un gain d’une journée de travail par semaine.
Objectif zéro papier
Le deuxième chantier concernait la gestion des factures fournisseurs. « Encore quelques années en arrière, les factures étaient adressées en magasin. On recevait des dizaines de factures par fournisseur, par magasin, qu’on nous renvoyait une fois par semaine au bureau », raconte Florent Claret. « Ça coûtait de l’argent de les renvoyer. On perdait aussi du temps. Souvent, il y avait déjà une ou deux semaines de passées entre l’émission de la facture et sa réception chez nous ».
Aujourd’hui, l’intégralité du processus est digitalisé, de la réception à l’archivage. Le gain : environ 3’500 factures traitées par mois et trois jours de travail libérés par semaine.
Le « game changer » : la réconciliation bancaire
Mais c’est la réconciliation bancaire automatisée qui représente le changement le plus radical. « Notre groupe a une centaine de comptes bancaires avec autant de transactions par jour, donc ça fait des volumes astronomiques de données à saisir », explique Florent Claret.
La solution ? Une plateforme multi-banking regroupant tous les comptes, couplée à une automatisation des écritures. « On interprète toutes les transactions via des règles d’automatisation », précise Ludovic Martone. Résultat : 10’000 écritures automatisées et quatre jours de travail libérés par semaine.
Des résultats impressionnants
Le bilan global est éloquent : environ 40’000 écritures automatisées, soit près de 500’000 sur l’année. « On a environ 90% de risque d’erreur en moins. Depuis maintenant trois ans, ces écritures se font toutes seules, on ne les contrôle même plus parce qu’on sait que c’est juste », affirme Florent Claret.
L’économie financière est également substantielle : trois postes de comptabilité économisés, représentant environ 12’000 francs par mois. « Aujourd’hui, un comptable gère deux fois plus de magasins qu’avant. Ils ont un travail où ils gèrent plus de choses en faisant moins de tâches rébarbatives, ce qui est quand même intéressant aussi pour la ressource ».
Un investissement en temps non négligeable
Mais cette transformation ne s’est pas faite sans effort. « Ce qu’on ne dit pas, c’est le temps qu’on a dû allouer à tous ces développements », rappelle Florent Claret. « Pour automatiser le processus bancaire, j’ai passé trois mois à plein temps pour créer toutes ces configurations. Parce que l’intelligence artificielle ne sait pas ce qu’elle doit faire. Pour chaque écriture, chaque mouvement, j’ai dû créer des règles ».
Un investissement rentabilisé rapidement : « Le coût effectif, notre plus gros chantier nous a coûté peut-être 10’000 francs. Mais on économise aujourd’hui plus de 10’000 francs par mois en termes de ressources. Donc le calcul a été vite fait ».
Propos recueillis le 29 janvier 2026 lors de la Swiss Digital Conférence
