Pour réussir l’implantation d’un système de gestion (ERP) dans une PME, trois éléments sont déterminants. Il faut documenter les processus métiers, trouver le bon intégrateur et assurer suffisamment de ressources et de temps en interne pour guider la mise en place. Ces conseils ont été partagés par Sébastien Gard, professeur à la HES-SO Valais-Wallis, lors de la 20e Swiss Digital Conférence à Sierre. Une intervention qui résonne d’autant plus que 63% des petites entreprises européennes n’ont toujours pas franchi cette étape cruciale de digitalisation dans les PME.
« Autour de l’intégration d’un ERP, il y a souvent beaucoup de craintes. C’est, pour beaucoup, une plongée dans l’inconnu », reconnait Sébastien Gard. Pourtant, les avantages sont bien réels. « Ces bénéfices sont principalement pour l’aide à la décision et pour la collaboration interne. Les finances, les achats, la vente, la production : l’information est échangée, intégrée : il est beaucoup plus facile de collaborer entre les différentes équipes ».
Concrètement, cela se traduit par une meilleure efficacité opérationnelle et un meilleur service client. « Quand le client vous appelle et demande où est sa commande, vous avez toute l’information à disposition et vous pouvez lui répondre dans le détail », illustre le professeur.
Première clé : documenter sans tout réinventer
Avant d’implanter un ERP dans sa PME, il faut bien se préparer. Cette préparation passe d’abord par la documentation des processus. « Les clés pour un bon démarrage ne sont pas vraiment techniques ».
L’approche recommandée repose sur un principe pragmatique. « Chaque ERP vient avec des modules standard : autant en bénéficier. Identifiez les grosses briques dont vous avez besoin et adoptez les solutions proposées par l’ERP, ne réinventez pas la roue pour des éléments classiques comme les finances ».
En revanche, il faut prendre le temps d’analyser en profondeur les spécificités de l’entreprise. « Qu’est-ce qui vous donne un avantage concurrentiel ? Là, il faut prendre beaucoup de temps pour documenter ces éléments. C’est ça qui va être coûteux et compliqué ».
Sébastien Gard recommande d’appliquer la loi de Pareto. « Un projet de documentation doit être réalisé en trois mois maximum, sinon c’est que vous allez trop loin ». Il met également en garde contre la tentation d’innover durant le projet. « Vous avez des idées beaucoup plus novatrices, un peu plus risquées ? Gardez-les de côté, faites-en un autre projet. Il y aura assez d’efforts dans la mise en place de l’ERP ».
Deuxième clé : choisir le bon partenaire
« Au final, les gens qui feront le projet, c’est ce qui vous garantira le succès ou l’échec ». Le choix de l’intégrateur ne doit donc pas être pris à la légère, d’autant que la relation s’inscrit dans la durée. « Un projet ERP va prendre du temps, jusqu’à deux ans. Par la suite, l’intégrateur, idéalement, fera également le support de cette solution. C’est vraiment un partenariat sur le long terme ».
Les critères de sélection sont nombreux. « Exigez, demandez, discutez pour voir qui vraiment va participer à votre projet. Qui sont les ressources ? Est-ce qu’il y a un bon mix entre des seniors et des juniors ? Est-ce que ces gens connaissent votre métier, votre domaine fonctionnel, vos particularités ? ».
L’avertissement est sans appel : « Même si l’ERP que vous choisissez n’est peut-être pas le meilleur, avec une bonne équipe, vous allez réussir. Par contre, si vous avez une mauvaise équipe, même si vous avez le meilleur ERP du marché, il est probable que le projet soit un échec ».
Troisième clé : l’effort interne, souvent sous-estimé
Même un excellent intégrateur ERP va avoir besoin des équipes internes. « L’ERP, c’est un projet structurant, et vous allez avoir besoin de mobiliser des ressources ».
Les tâches internes sont multiples : répondre aux questions, faire l’évaluation, effectuer les tests, participer aux ateliers, nettoyer les données, coordonner en interne, former les équipes, identifier les résultats clés.
Un aspect particulièrement chronophage concerne les données : « On imagine que l’intégrateur va faire pour vous tout le travail de migrer les données. Données qui, soyons honnêtes, ne sont pas toujours aussi propres que ce qu’on croit. C’est du travail qui va impacter vos équipes dans l’entreprise ».
Des échecs encore fréquents
Malgré ces recommandations, les échecs restent nombreux. « Il y a énormément de projets qui ont des dépassements de coûts, des dépassements de délais, qui ne répondent pas à toutes les promesses », constate Sébastien Gard. « Souvent, l’intégrateur change, il y a des conséquences en interne, des burn-out, des départs, des démissions. On voit ça dans beaucoup d’entreprises ». Selon lui, l’erreur principale reste le manque de préparation et penser que l’intégrateur ou le vendeur de logiciels va tout faire.
Propos recueillis le 29 janvier 2026 lors de la Swiss Digital Conférence