La Chambre valaisanne du commerce et de l’industrie (CCI-Valais) gère plus de 500 membres, organise des dizaines d’événements par an et produit tout cela avec seulement 3,6 équivalents plein temps. Pour y arriver, la digitalisation est devenue indispensable. Lors de la dernière édition des Digital Series, organisée au BioArk de Monthey devant une cinquantaine de personnes, Vincent Riesen, directeur de la CCI-Valais, et Stéphane Lou, fondateur de la PME valaisanne Kodoa, ont raconté comment ils ont relevé ce défi ensemble, en s’appuyant sur la plateforme Odoo.
Avant de parler de solution digitale, Vincent Riesen a dressé un tableau honnête de la situation de départ. « Nous avions 12 bases de données différentes (Excel, Outlook, Access…) avec des distributions multiples. » En parallèle, le site web de la Chambre accumulait les alertes de sécurité. « À force d’avoir tous les mois un avertissement, on a dû débrancher la chose. Mais il n’y avait pas de budget pour un nouveau site. » C’est dans ce contexte que la CCI-Valais s’est tournée vers la plateforme Odoo, puis la PME valaisanne Kodoa.
Pour le directeur de la CCI-Valais, la démarche repose sur une conviction claire. « La technologie est un moyen, pas une fin. Ce sont les besoins qui déterminent ce que doit faire la technologie. » Et les besoins d’une chambre de commerce étaient multiples : gérer des membres, suivre des événements, envoyer les bonnes informations aux bonnes personnes, et offrir des services différenciés selon que l’on est membre ou non. Ce sont les développements sur mesure de Kodoa qui ont permis d’assouvir ces besoins.
Sortir des sentiers battus avec Odoo
Stéphane Lou a présenté sa philosophie de travail avant d’entrer dans le détail technique. « J’aime bien trouver des solutions pragmatiques, sans tout révolutionner. L’idée est de plutôt développer de petits outils ou trouver un bon outil existant. Je ne vais pas réinventer votre métier, mais trouver un moyen de l’automatiser pour que vous puissiez vous consacrer à vos clients et à votre cœur de métier. » Trois cas concrets ont illustré cette approche lors de la conférence.
Le premier : migrer l’ancien CRM de la Chambre, Efficy, vers Odoo. La difficulté principale résidait dans la gestion multientreprises, c’est-à-dire le fait qu’une même personne puisse être liée à plusieurs entités. « Cela paraît peu de chose d’avoir une personne liée à deux entreprises. Mais lorsque ce n’est pas réfléchi à la base, c’est compliqué à réaliser. » La solution a été trouvée sans modifier le code source d’Odoo, en pilotant les données depuis l’extérieur via des API. « Vous pouvez faire du code dans Odoo, mais chaque ligne modifiée est facturée au mois. Autant dire que moins il y a de code, plus c’est intéressant. »
Le deuxième cas concerne la mise en relation des participants après un événement. Désormais, une page de networking est créée automatiquement après chaque rencontre, avec un compte utilisateur et un e-mail générés sans intervention manuelle. Le système identifie aussi si les participants sont membres de la CCI-Valais et déclenche un suivi automatique dans le cas contraire. « Les interactions sont conservées avec les gens, et la plupart du processus est automatisé. »
Dernier exemple parlant détaillé par Stéphane Lou : la gestion des salles de conférence. Le module de réservation standard d’Odoo ne permettait pas de choisir des créneaux horaires précis. Stéphane Lou a contourné le problème en détournant le module de gestion des rendez-vous médicaux, conçu lui pour gérer des plages horaires. « Il faut parfois passer hors des sentiers battus pour trouver une solution. » Résultat : un système autogéré avec paiement et réservation instantanée, là où il y avait auparavant un simple calendrier Outlook.
Un chantier encore en cours
Vincent Riesen a tenu à rappeler que la digitalisation de la CCI-Valais n’est pas un projet terminé. « C’est un work-in-progress. On essaie encore des choses. » Ce qui compte, selon lui, c’est la méthode autant que les outils. « C’est capital d’être accompagné. Il faut parler métier avant de parler de technologie. »
Une approche que partage Stéphane Lou, pour qui l’essentiel est de partir des besoins réels des entreprises, même les plus modestes en termes de ressources. Preuve que la digitalisation n’est pas réservée aux grandes structures, à condition de trouver le bon partenaire et de ne pas chercher à tout révolutionner d’un coup.
Propos recueillis le 3 juin 2026 au BioArk de Monthey, à l’occasion du Digital Series organisé par Swiss Digital Center, The Ark en partenariat avec la CCI-Valais