Digitalisation : un magasin qui reste ouvert même sans personne derrière le comptoir 

Aux Salaisons d’Anniviers, à Vissoie, les clients peuvent désormais entrer, choisir leurs produits et payer, même quand le magasin est fermé. Cette autonomie est rendue possible grâce à Ceres24, une application développée avec la société valaisanne Atomity. Meryl Genoud, directeur des Salaisons d’Anniviers, et Anthony Bernardo, fondateur d’Atomity, ont présenté ce projet de digitalisation lors de l’événement Digital Series, mardi dernier au Swiss Digital Center de Sierre. 

Les Salaisons d’Anniviers, c’est une entreprise familiale créée en 1987 par les familles Genoud et Clivaz, aujourd’hui reprise par leurs enfants Taïs et Meryl. Quinze collaborateurs y préparent, assaisonnent et sèchent chaque année 120 tonnes de viande. Une saucisse y est vendue toutes les trois minutes. 

« C’est une entreprise traditionnelle, qui évolue », résume Meryl Genoud. Dès 2018, les produits ont pris un virage : des saucisses sans additif, de la viande séchée bio. En 2021, une boutique en ligne a vu le jour et n’a cessé de s’étoffer depuis. « La technologie permet de faire évoluer l’entreprise, sans perdre son identité », précise le directeur. 

Un besoin avant la technologie 

Le point de départ du projet Ceres24 n’est pas technique, mais humain : comment rendre le magasin de Vissoie plus autonome, sans avoir une personne en permanence derrière le comptoir ? « Rien n’a été trouvé sur le marché. Il a donc fallu adapter une solution au magasin, et non l’inverse », explique Meryl Genoud. « Le besoin est venu avant la technologie. » 

C’est Anthony Bernardo, à travers sa société Atomity, spécialisée dans le développement mobile et web, qui a construit l’application à partir de l’idée initiale de Meryl Genoud. Le développement s’est fait par phases, en répondant d’abord au besoin le plus simple, avant d’ajouter des fonctionnalités. « L’avantage de cette manière de fonctionner, c’est qu’on peut tester dès le début et aller sur le terrain avec des cas concrets. Ce qui est important, c’est qu’on dérisque en faisant cela », souligne Anthony Bernardo. 

Deux besoins ont guidé la première version : rendre le magasin accessible à tout le monde sans changer de porte, tout en s’assurant de l’identité des visiteurs. Pour ce dernier point, un prestataire a intégré un scan de carte d’identité avec vérification photo. Pour la porte, un électronicien a mis en place un système de contrôle piloté par un petit ordinateur, activable via un QR-code menant à une page web. 

Une fois l’accès réglé, restait l’achat. La première version reposait sur les codes des produits, un panier en ligne et un paiement via Stripe. « Pas très agréable, mais cette version fonctionnait bien », admet Anthony Bernardo. 

Des retours rapides, sans budget de développement 

Cette première mouture a rapidement été mise en production pour tester les hypothèses sur le terrain. Les retours des clients ont été récoltés simplement, via des enquêtes et un bloc-notes disposé dans le magasin. « On voulait quelque chose de simple, sans coût de développement », précise Anthony Bernardo. 

Premier enseignement : il manquait Twint. Un terminal de paiement intégrant cette option a rapidement été ajouté. Depuis cette première version, le système s’est enrichi d’une caisse automatique, d’une gestion des stocks et d’un système de caméras. « Cela continue à être développé, amélioré », note le fondateur d’Atomity. 

Aujourd’hui, Ceres24 équipe non seulement les Salaisons d’Anniviers, mais aussi cinq autres commerces entre le Valais et Berne, chez des maraîchers, des agriculteurs et des particuliers. 

Plus d’heures d’ouverture, plus de chiffre d’affaires 

Pour Meryl Genoud, le système représente un compromis gagnant : il permet d’étendre les horaires d’ouverture, d’augmenter le chiffre d’affaires (les horaires ont pu être doublés) et de répondre à une demande importante en dehors des heures habituelles. « Cela permet aussi de gagner en humanité, en conservant des emplois grâce à une meilleure rentabilité », ajoute-t-il. 

Côté commerçant, l’application offre une console d’administration complète : chiffre d’affaires du jour et de la semaine, détail des paiements, variations selon les produits et les fournisseurs, gestion de l’inventaire avec alertes de rupture de stock, et traçabilité des passages en magasin. 

« Un magasin autonome reste un magasin à faire vivre, en le remplissant, le décorant et en mettant en avant les produits. L’objectif est de le rendre plus accessible aux clients, tout en restant gérable pour le commerçant », résume Meryl Genoud. Interrogé sur le coût d’un tel système, ce dernier avance une fourchette de 5’000 à 10’000 francs pour l’installation, hors porte, à laquelle s’ajoute un abonnement mensuel pour l’application.  

L’intelligence artificielle, avec un filet de sécurité 

Sur le plan technique, Anthony Bernardo insiste sur l’importance des méthodes d’industrialisation, notamment des tests automatisés qui garantissent que les fonctionnalités continuent de fonctionner à chaque évolution. « Grâce à l’IA, on peut accélérer les choses, mais il faut mettre en place un filet de sécurité. On a fait le pari d’avancer étape par étape dans le développement de l’application, et l’expérience se passe bien », conclut-il. 

Propos recueillis le 22 septembre 2026 lors des Digital Series 

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